Pour réussir la transition énergétique, engageons la rénovation des bâtiments

Objectifs 2030 : la Commission européenne toujours tiraillée entre susceptibilité des Etats et réalité des chiffres

En ces temps de COP 21, il est devenu bien difficile de suivre de France les sujets relatifs à l’efficacité énergétique, notamment les débats qui agitent en ce moment Bruxelles.

Petit rappel des faits : la semaine dernière, la Commission européenne annonçait que dans le cadre de l’évaluation prévue de la directive efficacité énergétique elle n’analyserait aucun scénario allant au delà d’une augmentation de 33% de l’efficacité énergétique en 2030. Cela n’a pas manqué de provoquer la colère du Parlement européen qui a encore récemment rappelé via un vote sa volonté de voir passer cet objectif à 40%.

La Commission européenne, mis sous pression par un Conseil de l’Europe extrêmement peu ambitieux pour des raisons ayant peu à voir avec l’efficacité énergétique, avait fixé il y a quelques mois à 27% l’objectif européen pour 2030. Il est précisé dans l’accord européen que « la question sera réexaminée d’ici 2020, dans l’optique d’un objectif de 30 % pour l’UE. »

Las, les réalités environnementales, géostratégiques et économiques rattrapent peu à peu ce manque d’ambition. Après d’âpres discussions, la Commission a du revoir à la baisse le taux d’actualisation (qui reflète les risques de l’investissement) utilisée pour justifier l’objectif de 27%. Utiliser un taux de 17,5% paraissait quelque peu en décalage avec la réalité économique : rénover un bâtiment en France est il économiquement vraiment plus risqué qu’investir dans les infrastructures énergétiques irakienne (taux d’actualisation de 15%) ?

De plus, le dernier rapport du Joint Research Center (service de recherche de la Commission européenne) explore l’impact de trois scénarios d’efficacité énergétique : 27, 30 et 40% d’efficacité énergétique. Si le scénario 40% nécessite un surcroit d’investissement, les retombées positives sont majeures :

– en 2030, l’efficacité énergétique deviendrait la première « source d’énergie » (« first fuel ») de l’Union européenne. Si l’on ajoute à cette première la production des énergies renouvelables, la somme dépasserait la totalité des importations fossiles européennes;

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– l’objectif 2030 de 40% de réduction de gaz à effet de serre serait dépassé de 6% ce qui mettrait l’Europe sur une meilleure trajectoire pour limiter le réchauffement global en dessous de 2°C;

– les pertes d’emploi côté production d’énergies seraient plus que compensées par les créations du côté de la maitrise de la demande (entre 1,5 et 2,96% d’augmentation du taux d’emploi selon les scénarios);

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– côté géostratégique, le scénario 40% réduirait d’ici à 2030 les importations d’énergies fossiles de 23,11% contre seulement 11% pour le scénario actuel 27%. C’est un élément qui devrait revenir dans l’actualité en ce début de période hivernale.

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Espérons que les résultats de la COP 21 témoigneront d’un rapprochement entre réflexions diplomatiques et réalités économiques et environnementales.