Pour réussir la transition énergétique, engageons la rénovation des bâtiments

L’efficacité énergétique : un nouveau départ pour l’Europe

Le JRC (Joint Research Center), service d’études interne de la Commission Européenne, a publié son rapport intitulé « Energy Renovation : The Trump Card for the New Start for Europe ». Celui-ci doit fournir une base de réflexion au plan de rénovation énergétique européen. Basé sur les données de l’année 2011, ce rapport très complet montre bien à quel point l’efficacité énergétique est un atout majeur pour l’Europe et que cette dernière aurait tout intérêt à plus la développer. Les auteurs proposent également une méthode pour la mise en place de la transition énergétique en Europe.

L’approche choisie dans ce rapport pour démontrer l’importance de l’efficacité énergétique est résolument économique. Face au constat des difficultés auxquelles l’Union Européenne fait face, le JRC présente le secteur du bâtiment comme un moteur d’activité majeur très durement frappé par la crise. Les travaux de rénovation énergétique indispensables dans le projet de transition énergétique européen apparaissent alors comme une solution crédible pour le faire repartir.

La France est un membre privilégié de l’Union européenne

En effet elle représente à elle seule 18,2% de la valeur ajoutée du secteur. Comme le montre le tableau ci-dessous, le secteur est un réservoir d’emplois très important avec 1,57 millions de salariés en France.

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jrc image 2Or, il est intéressant de voir comme le montre le tableau ci contre¹ que les travaux de construction représentent moins de la moitié de la valeur ajoutée du secteur, la plus grande part revenant aux autres activités dont les travaux d’amélioration de l’efficacité énergétique. Présenter le projet de transition énergétique européen comme une formidable opportunité de relance économique est donc parfaitement justifié.

De plus, les apports d’une rénovation énergétique du parc immobilier européen ne s’arrêteraient pas au seul jrc image 3aspect économique. Le secteur du bâtiment est celui qui revêt le plus grand potentiel d’économies d’énergie en Europe. Il représente à lui seul 40% de la consommation finale d’énergie en France. Une rénovation énergétique des bâtiments est donc le meilleur moyen de diminuer drastiquement la consommation européenne avec les avantages que cela comporte pour l’économie, l’indépendance énergétique et l’environnement. Par ailleurs, effectuer des économies d’énergie dans la consommation des ménages est une solution évidente au problème de la précarité énergétique. Enfin, le rapport montre qu’une meilleure efficacité énergétique du parc immobilier européen apporterait à l’Union une meilleure cohésion sociale et territoriale en réduisant les disparités entre les différents Etats-membres.

Un rapport qui démontre les avantages majeurs d’une rénovation énergétique des bâtiments

Les auteurs ne s’arrêtent cependant pas à ce constat et explorent les différentes pistes disponibles pour la mise en place cette transition énergétique tant souhaitée. Il apparaît clairement que les mesures préconisées par le JRC à l’échelle européenne rejoignent dans leur grande majorité celles de la CFEE pour la France notamment concernant l’intégration de acteurs économiques et la territorialisation des politiques d’efficacité énergétique.

La première d’entre elles est le rôle joué par les petites et moyennes entreprises. Celles avec moins de 50 employés représentent plus de 75% de l’activité du secteur en France (voir ci dessous). Il est donc essentiel d’intégrer ces acteurs aux politiques de rénovation énergétique des bâtiments pour permettre le succès de celles-ci comme l’a déjà souligné à plusieurs reprises la CFEE.

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De plus, le rapport du JRC met en avant la diversité de configurations existantes en fonction des différences territoriales, climatiques ou encore des types de bâtis existants. Face à cette complexité, la première amélioration réclamée par le rapport est une meilleure disponibilité des informations qui restent à ce jour difficile à obtenir. Il est essentiel pour les experts européens d’en faciliter l’accès pour permettre une meilleure gestion par la suite.

Pas de solution universelle

le plan de rénovation européen doit donc être à la fois suffisamment structuré pour donner un cadre réglementaire commun dans lequel évoluer mais aussi assez souple pour que les travaux mis en place s’adaptent aux différentes exigences des réalités locales.

Cette territorialisation de la politique d’efficacité énergétique fait partie des propositions majeures de la CFEE. Elle permettrait une meilleure intégration des acteurs ainsi que la création d’emplois à valeur ajoutée et de débouchés pour les industriels français de l’efficacité énergétique. L’Etat français devrait alors élaborer une politique énergétique nationale claire et sans ambiguité reprise localement dans les différents territoires.

Une gouvernance à revoir

Enfin, dernière préconisation majeure, le JRC considère qu’un dispositif de partage du risque est nécessaire pour soutenir un investissement suffisant et ainsi auto alimenter la transition énergétique européenne. C’est tout un système de gouvernance (voir ci dessous) basé sur une très large intégration d’acteurs avec en son centre un organisme dédié à la promotion de la rénovation énergétique qui est proposé par les experts.

jrc image 5Ce projet très ambitieux est difficilement réalisable compte tenu du niveau de coopération qu’il nécessiterait entre les états membres mais reste tout de même encourageant quant à la posture vis à vis de l’efficacité énergétique des experts scientifiques qui conseillent nos élus européens. Un petit regret peut-être : caché derrière le building stock, le consommateur n’apparait pas clairement dans le document alors que rien ou presque ne se fera s’il n’est pas mieux impliqué. Un travail de pédagogie et d’accompagnement s’impose.

Le projet soutenu par le JRC dans ce rapport et les propositions qui en découlent rejoignent tout de même très clairement les préconisations de la CFEE pour la France². On retrouve la même volonté d’améliorer les dispositifs de financement actuels avec la mise en place de fonds dédiés à la rénovation notamment tout en intégrant une plus grande diversité d’acteurs. De même, les politiques d’efficacité énergétique doivent gagner en transparence et être suffisamment souples pour s’adapter aux spécificités territoriales. Bien sûr, le JRC qui travaille à l’échelle européenne axe sa réflexion et les solutions qu’il propose sur l’espace communautaire qui est moins présent dans les préconisations de la CFEE, elle-même centrée sur la France. L’analyse des avantages apportés par une amélioration de l’efficacité énergétique reste cependant la même. Cette base commune doit maintenant être reprise par les décideurs politiques afin de changer notre approche de la consommation d’énergie.

Source: Eurostat, annual enterprise statistics for special aggregates of activities (NACE Rev. 2) [sbs_na_sca_r2] http://appsso.eurostat.ec.europa.eu/nui/show.do?dataset=sbs_na_sca_r2&lang=en

2   Pour retrouver les propositions de la CFEE : http://www.coalition-energie.org/nos-publications/quels-mecanismes-de-financement-pour-la-renovation-energetique-des-batiments