Pour réussir la transition énergétique, engageons la rénovation des bâtiments

Le soutien à l’efficacité énergétique doit être considéré comme un investissement dans une infrastucture

La Coalition France pour l’efficacité énergétique se félicite de l’adoption dans la loi de transition énergétique pour la croissance verte d’objectifs ambitieux en matière d’efficacité énergétique pour 2030 et 2050. Plusieurs points durs restent néanmoins à traiter pour engager une transition énergétique réelle : le financement est l’un de ceux là.

La crise ukrainienne latente et les 54 milliards d’euros de facture énergétique française nous le rappellent régulièrement : l’efficacité énergétique est non seulement un enjeu environnemental mais aussi géostratégique, économique et social.

Peu avant la tenue de la COP21 où la France aura un rôle crucial à jouer, le prochain G20 représente une opportunité majeure d’engager plus fortement les pays dans une politique ambitieuse d’économie d’énergies, premier pilier de la lutte efficace contre les changements climatiques.

Le développement de l’efficacité énergétique au niveau mondial, que la France appelle de ces voeux au niveau national, permettrait d’éviter des investissements importants dans des infrastructures conventionnelles comme les gazoducs, les centrales électriques ou les terminaux pétroliers.

Afin de sortir de la crise économique, le G20 s’est précédemment prononcé en faveur d’investissements dans les infrastructures qui, s’ils sont bien employés, peuvent générer de nombreux effets positifs. Cependant, cloisonner le développement de l’efficacité énergétique et des infrastructures conventionnelles, c’est prendre le risque de voir ces dernières devenir des « actifs échoués » et d’empêcher de fait l’exploitation du plein potentiel d’économies d’énergies dont sont dotés de manière très importante les secteurs du bâtiment, de l’industrie et des services.

Alors que la France s’est engagé à soutenir les Territoires à Energie positive (TPOS), il est essentiel de penser global à l’échelle des territoires autour d’infrastructures essentielles au déploiement de l’efficacité énergétique dans les bâtiments, les réseaux, les foyers et les entreprises.

D’innombrables analyses macro-économiques le prouvent : l’investissement dans l’efficacité énergétique surpasse ceux dans les autres infrastructures en matière de création d’emplois et de valeur ajoutée pour les territoires. Nous sommes donc convaincus que l’efficacité énergétique doit être considérée comme un investissement d’infrastructure prioritaire par le G20 : le travail fourni pour mettre en œuvre le plan d’action efficacité énergétique du G20 est ainsi essentiel.

Selon l’Agence internationale de l’énergie1, il faudra multiplier par huit le montant global actuel investi dans l’efficacité énergétique pour éviter des dérèglements climatiques majeurs.

C’est pour l’ensemble de ces raisons que nous demandons à la France lors du prochain G20 de considérer l’efficacité énergétique comme enjeu principal en soutenant les propositions suivantes :

  • reclassifier l’efficacité énergétique en tant qu’infrastructure prioritaire ;

  • mettre en oeuvre une évaluation des réformes structurelles nécessaires à la levée des barrières financières à l’efficacité énergétique et à la croissance de ses marchés ;

  • engager suffisamment de financement public pour stimuler l’investissement privé dans la rénovation énergétique des bâtiments dont les outils à destination des ménages sont aujourd’hui inadéquats.

Les économies d’énergie sont un investissement productif, surtout à un moment où les coûts énergétiques ne cessent d’augmenter. Elles sont une source majeure de création de valeur économique et d’emplois qualifiés non délocalisables. Elles permettent aux consommateurs, dont le rôle est central, de ne pas subir la hausse tendancielle du coût de l’énergie en France qui plonge désormais près d’un quart de la population dans la précarité énergétique.

L’ensemble des membres de la Coalition France pour l’efficacité énergétique appellent de leur voeux que la COP 21 soit un succès. L’annonce préalable par le G20 de la mise en oeuvre d’une politique mondiale d’efficacité énergétique plus ambitieuse en est l’un des prérequis les plus importants. L’engagement de la France dans cette direction serait du reste tout à fait cohérent après l’adoption de la LPTECV.

1 World Energy Outlook, 2014 – http://www.iea.org/bookshop/477-World_Energy_Outlook_2014